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	<title>Multiple Reading Personalities &#187; Time</title>
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	<description>Et elle causait, elle causait, elle causait...</description>
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		<title>L&#8217;imaginaire du &#8220;Temps retrouvé&#8221; (Chantal Robin)</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Feb 2010 23:09:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charlotte</dc:creator>
				<category><![CDATA[A Literary Education]]></category>
		<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[French]]></category>
		<category><![CDATA[Myths]]></category>
		<category><![CDATA[Proust]]></category>
		<category><![CDATA[Time]]></category>
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		<description><![CDATA[Chantal Robin doit être sorcière, c&#8217;est sans doute de rigueur pour être publiée chez Circé (Cahiers de recherche sur l&#8217;imaginaire) ; en tout cas, elle me séduit avec son petit ouvrage critique sur Le Temps retrouvé. (yes, French.  Lazy lazy lazy) Je l&#8217;ai commandé sur la foi d&#8217;une citation dans un de ces petits livres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Chantal Robin doit être sorcière, c&#8217;est sans doute de rigueur pour être publiée chez Circé (Cahiers de recherche sur l&#8217;imaginaire) ; en tout cas, elle me séduit avec son petit ouvrage critique sur <em>Le Temps retrouvé.</em></p>
<p>(yes, French.  Lazy lazy lazy)</p>
<p><span style="font-style: normal;">Je l&#8217;ai commandé sur la foi d&#8217;une citation dans un de ces petits livres scolaires (d&#8217;ailleurs bien fait et plein d&#8217;humour) qui vous règle en 27 pages le sort de </span>La Recherche<span style="font-style: normal;">, sa genèse, ses personnages, son importance, son contenu et ses thèmes&#8230; Je ne me souviens plus s&#8217;il était dans la bibliographie &#8220;officielle&#8221; du cours, mais si c&#8217;est le cas, il devait être tout en bas de la liste, dans les &#8220;si vous n&#8217;avez rien de mieux à faire&#8221;&#8230;<br />
</span><br />
<span style="font-style: normal;">Et je me régale. J&#8217;en ai lu une bonne moitié à date, qui à la fois illumine l&#8217;œuvre et y rajoute une profondeur supplémentaire en y retrouvant la part d&#8217;obscurité, la part de mystère que sans doute Proust veut cacher derrière son accumulation de détails et de sensations. C&#8217;est un peu paradoxal, sans doute, ce que j&#8217;écris là ; mais ce petit ouvrage, en pointant vers les grands cycles, les modèles mythiques et la part d&#8217;avenir que contient le Temps retrouvé me permet d&#8217;y retrouver une respiration qui me faisait défaut, une part de poésie que je n&#8217;ai (enfin) pas tant à comprendre qu&#8217;à ressentir.</span></p>
<p>La structure initiatique que souligne C. Robin est évidente, mais son éclairage symbolique (rôle des éléments fondamentaux tels que la terre, le feu et l&#8217;eau, renaissance, passage par les pays des limbes et du désespoir,  parade funèbre comme prélude à la renaissance et à la révélation quasi-mystique) est d&#8217;une élégance rare. Elle montre que l&#8217;inversion folle, presque carnavalesque, des hiérarchies parisiennes à la fin de TR (&#8220;<em>ce monde où toutes les valeurs se trouvent renversées</em>&#8220;), relève de la dissolution générale des amarres de la réalité, qu&#8217;elle préfigure (comme les figures de la mer, de la lune et de la porte, symboles qu&#8217;elle relève tout particulièrement) l&#8217;épreuve initiatique du narrateur. J&#8217;ai pour ma part à cette lecture pensé aux Saturnales (les fêtes de fin d&#8217;années où les Romains relâchaient les tensions dans un pseudo-délire d&#8217;inversion sociale, fêtes qui seront assimilées à une naissance avec laquelle on nous enquiquine encore chaque année à la fin décembre), à la traversée de l&#8217;Achéron ou du fleuve du bout du monde de Gilgamesh ; j&#8217;ai pensé, aussi, à une autre évocation du pouvoir d&#8217;illusion et de mystère des éléments fluides, celle du critique G. Genette lorsqu&#8217;il parle (dans Figures 1) de &#8220;<em>l&#8217;univers réversible&#8221;</em> de l&#8217;époque baroque. Elle met ensuite en lumière le parallèle entre Charlus, le bien-né qui se comporte si mal, et Prométhée, en montrant l&#8217;association du premier au vol, au feu, à la &#8220;<em>race maudite&#8221;</em> (d&#8217;ailleurs la comparaison est explicitement faite par Proust lorsqu&#8217;il évoque Charlus enchainé à un lit). Charlus, nous dit-elle, &#8220;<em>garde&#8230; le monde intérieur de l&#8217;esprit</em>&#8221; ; c&#8217;est sans doute vrai, mais alors à la manière d&#8217;un devin fou, aveugle et délirant.</p>
<p>La descente dans le royaume des Enfers du narrateur est ensuite éclairée d&#8217;un relevé d&#8217;expressions morbides du &#8220;Bal de têtes&#8221; qui se produit à la matinée Guermantes, une scène où le narrateur retrouve, vieillis et décatis, la fantastique troupe au complet de <em>La Recherche</em> (classique), mais aussi de ce qui vient avant et qu&#8217;on doit au passage ajouté sur la guerre, passage que j&#8217;ai eu tant de mal à lire et que j&#8217;ai maintenant <em>envie </em>de relire. C. Robin cite à ce propos une phrase de Proust qui, en 1906, comparait ses projets de personnages à &#8220;<em>ces ombres qui demandent dans l&#8217;Odyssée à Ulysse de leur faire boire un peu de sang pour les mener à la vie&#8221; <span style="font-style: normal;">: c&#8217;</span></em>est la position-même où se trouve le narrateur à la fin de <em>La Recherche</em>&#8230;</p>
<p>Cette nature cyclique de l&#8217;univers proustien fait le sujet, sous le beau terme de constellations comme &#8220;<em>[matérialisation] du temps&#8221;</em>, de la deuxième partie de l&#8217;analyse, qui me plaît presque autant. Elle montre comment Proust brise l&#8217;image de la ligne temporelle ( <em>&#8220;cette convention qui prétend réduire le temps à une histoire&#8221;) </em>non seulement par la figure du cercle, mais encore en y apportant ces notions de mouvements, de densités et de correspondances qu&#8217;évoquent la lourde et poussiéreuse structure des amas d&#8217;étoiles dérivant dans l&#8217;infini où tout peut se croiser. Une originalité par rapport à beaucoup des lectures que j&#8217;ai faites jusqu&#8217;ici, et qui se concentrent presque toutes sur les rapports entre passé et présent, est que C. Robin insiste sur l&#8217;avenir, un avenir qui (en y réfléchissant) est en effet toujours présent dans le livre, que ce soit par le biais de rêves, d&#8217;aspirations, de menaces ou bien sous la forme visible des jeunes gens, qu&#8217;ils soient de la génération du narrateur, de celles qui le précèdent &#8212; <em>Un amour de Swann </em>porte tant de germes de la suite du roman &#8212; ou de celles qui le suivent, petits jeunes hommes séduisant Charlus ou fille de Gilberte pour laquelle on fait des projets douteux. &#8220;<em>Les extases de mémoires engagent ainsi l&#8217;avenir tout entier&#8221; </em>résume bien cette liaison faite entre passé et avenir par la solidité du présent et de l&#8217;immuable. La progression est aussi mise en avant par le système des &#8220;<em>rimes intérieures&#8221; </em>(l&#8221;expression est de J.Y. Tadié), qui en introduisant &#8220;<em>quelque chose qui est à la fois pareil et autre que la rime précédente&#8221;</em> (ici, c&#8217;est Proust qui parle) montre les évolutions de perspective ; à noter que souvent pour Proust la nouvelle rime s&#8217;ajoute à l&#8217;ancienne, mais ne la remplace pas.</p>
<p>La troisième partie aborde les &#8220;<em>structures synthétiques</em>&#8221; du roman, et j&#8217;ai hâte de la lire !</p>
<p>En résumé&#8230; Une courte lecture critique que je recommande à tous ceux qui ont du mal à apprécier Proust non pour sa complexité, mais pour une certaine impression de minutie qui se trouve pulvérisée ici.</p>
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