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Fri 6 Aug 2010
Posted by Charlotte under A Literary Education
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J’ai refermé ce livre avec un sentiment de perplexité qui ne m’a pas quitté depuis… Les âmes fortes se présente comme une discussion entre trois femmes, lors d’une veillée funèbre. On croit un instant que nous allons assister à un grand déballage sur la vie du mort et de sa femme, mais pas du tout : nous partagerons tout au plus deux ou trois rumeurs, évoquées de façon assez floue pour nous rappeler que nous ne sommes pas, nous lecteurs, dans l’intimité de village de ces trois femmes. Cette intimité monstrueuse, cette vigilance organique des petits villages de la France campagnarde sera un personnage à part entière du roman, ou plutôt constituera son terroir. La narration y reviendra assez vite, mais non sans un second détour préalable, un rapide rappel de l’avarice paysanne : deux des trois femmes ont en effet assez récemment perdu leurs parents, et étalent naïvement la cupidité et l’égoïsme sans joie qui les a dressées contre leurs sœurs, les manœuvres sordides auprès des parents mourants ou du notaire pour empocher une grosse part d’héritage.
Le décor est posé : nous sommes dans ce que Balzac a si souvent raconté, la mesquinerie, l’âpreté au gain des petites gens, les villages où tout se sait. Ce n’est jamais une toile de fond plaisante, et mon expérience de lecture est certainement teintée par le fait que je viens moi-même d’un village vieillissant de l’Ile-de-France qui, pour n’être plus habité par de tous petits exploitants agricoles, n’en a pas moins gardé une culture locale encore fortement influencée par l’ascension petite bourgeoise des XIXe et XXe, par la montre (pas celle au poignet, hein…) et la pesée soigneuse des statuts sociaux. Sur cet arrière-plan un peu glauque, une femme se détache : Thérèse, notre âme forte, qui pressée par ses deux consœurs, va raconter son histoire, d’abord avec une hypocrisie bienséante, puis, aiguillonnée par l’une des deux autres, une commère qui a le goût du scandale, avec une froide franchise qu’on est tenté de prendre pour la “vraie” version de son histoire. L’histoire de Thérèse est exposée en trois grands mouvements : le premier, raconté par elle, la décrit comme une jeune fille ordinaire, qui s’enfuit avec son amoureux pour aller l’épouser ; le second, où la commère prend la main, vire (on y vient) au roman balzacien, où le mari de Thérèse, métamorphosé en aigrefin, profite de la jeune fille et de la bonté d’une famille bourgeoise pour se faire une petite fortune ; le troisième et dernier mouvement, raconté par Thérèse et la commère, se présente comme une révélation : un monstre plus grand que nature se tapissait dans toute cette vilenie ordinaire, en tirait les ficelles, et trompait avec volupté la vigilance ragotarde de toute la communauté.
Il a de petits détails qui m’ont gênée au cours de la lecture ; par exemple, mon “deuxième mouvement”, raconté par la commère, fournit de très nombreux détails que l’opinion générale, si bien renseignée soit elle, ne pourrait connaître (notamment des pensées, des gestes intimes, etc.) ; on ne peut pas décemment leur donner comme excuse l’invention populaire (non que nous ne remplissions pas tous les blancs lorsque nous racontons une histoire, mais un peu plus d’incohérence, de sensationnalisme ou d’hésitation serait nécessaire pour crédibiliser l’hypothèse). La commère a donc des accès d’omniscience, ce qui est franchement embêtant dans une histoire qui démonte les mécanismes de l’opinion villageoise et les extrêmes qui sont nécessaires pour la tromper. Finalement, je crois que ce livre aurait mieux fonctionné pour moi sans l’inutile complication du récit à deux mains, si Giono soit n’avait pas répondu à la question “qui raconte” (narrateur invisible), soit s’il s’était concentré sur un seul narrateur (Thérèse était tout de même la mieux placée…), soit enfin s’il avait laissé la fin de son récit moins structurée, moins affirmative, et redonné à la narration le jeu qui lui manque pour s’accommoder de multiples points de vue. Reste également la question de la motivation du récit (on la comprend chez la commère, mais Thérèse partage soudain des secrets vieux de plusieurs décennies sans que l’on comprenne bien pourquoi).
Il reste néanmoins la très belle écriture de Giono, qui pour être ici moins poétique et bruissante qu’à son ordinaire (ce n’est après tout pas lui qui parle) n’en est pas moins maîtrisée, ni moins pure et sensible sans sombrer dans la sensiblerie. C’est justement parce que s’enfoncer dans le récit est un tel plaisir que les interruptions narratives m’ont ennuyée ; en revanche, elles nous offrent le plaisir de la langue parlée, avec ses mots tout entiers surgis du passé comme le “trimard”, sa saveur crue (“avec un cul du tonnerre de Dieu, neuf dixièmes en crin, comme de juste, mais l’autre dixième incontestablement ce qu’il y avait de plus valable“) et ses subtilités que seul permet un usage un peu relâché (“elle avait perdu les sens” pour une déclaration d’amour, est-ce que ce pluriel/ cette conglutination d’expressions ne sont pas tout simplement géniaux ?). Tiens, peut-être que j’aurais dû tout simplement lire le livre entièrement à voix haute…
Fri 30 Jul 2010
Posted by Charlotte under A Literary Education
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Kafka’s Letter to his father was his only creative work in at the end of 1919/ early 1920; and while it is not absolutely a piece of fiction, it does certainly have some fictional traits, the most egregious being that the ostensible addressee of the letter (you’d never guess that would be Kafka’s father, would you?) was certainly not its intended readership. Kafka made sure his mother and his sister Ottla read the letter, but his father never saw it. Fictional however does not necessarily mean that he meant for the letter to ever be published: the letter was not part of the documents he entrusted to Max Brod (the story goes that Kafka asked his friend to destroy most of his papers after his death, and that Brod went against his instructions; it’s dubious whether Kafka really intended to have his manuscripts obliterated, and the fact that he bothered to keep some papers — such as this letter — in more private storage would confirm that. Never to be deterred, the good Max found the letter and included it in his biographical notes on Kafka). I do wonder what else in this letter is thought out to produce a certain effect on the reader, rather than to entirely reflect the mind of the writer. Take for instance this sentence: “Mother unconsciously played the part of a beater during a hunt“. If “Mother” was the intended reader, there’s a casual cruelty there that’s worth noting, and it’s all the more interesting for being indirect and hardly answerable. Franz might be playing a different manipulation game than his father, but he’s not exactly being straightforward himself.
The whole letter, in fact, contains plenty of evocations of the perverse power plays that Kafka wrote compulsively about. The father is a figure of distant, invasive, incomprehensible power. He is explicitly politic (“On your side there was the tyranny of your own nature“, “it is not to plot something against you“, “I might go on to describe further orbits of your influence and of struggle against it“), but to be fair the writer himself does not appear to be much less manipulative. Kafka does indeed close any possibility of an answer, not only by not sending his letter, but also by imagining his father demonstrating that his son has placed him in an indefensible position… And answering that objection by nothing less than annihilation (“To this I answer that first of all this whole rejoinder (…) does not originate in you but, in fact, in me“), followed by a “clause of evasion” applicable to anything he has written before (“Naturally things cannot in reality fit together in the way the evidence does in my letter“). This brings us back to the child Franz, who was so afraid of his father that he for a while took to only talking to him through the mediation of his mother; the adult Kafka doesn’t seem to have changed his strategy much despite its limited success at allowing him to gain his independence. This in turns recalls the pretext for the letter in the first place: Kafka’s “inability to marry” (the letter was written after he had broken marriage plans for the third time in his life… Fatherly disapproval seems to be the reason at first, but later Kafka confesses that he feels unable to marry, as it is the realm of his parents and would be a way to escape his father’s influence — and is therefore impossible).
All in all the letter is a fascinating peek into Kafka’s mental word, and reading it I felt that everything, everything I ever read from him was about his father and their relationship. Oh, that’s the Trial! Here’s the allegory of Justice! Here’s the Penal Colony! However there’s also much less of Kafka’s ‘signature’ coldness. I must confess that I don’t enjoy reading his fiction at all: it leaves me feeling cold, guilty and dirty. Judging by this letter, this is how Kafka himself was made to feel in the presence of his father. It’s not however what I experienced reading this letter. Heartbreak, certainly, every time he evoked the child he was, faced with the brute of a father he had to contend with; interest, hope, doubts, indignation… And much more. A less specific experience, but one that was easier to relate to.
Thu 29 Jul 2010
Posted by Charlotte under A Literary Education
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Une si longue lettre, un si court roman, et pourtant si longtemps pour en noter quelques idées… Lu au coeur de la tourmente de la préparation des examens, pour faire une petite pause plaisir, que me reste-t-il en mémoire avant que de rouvrir le livre pour y vérifier mes souvenirs ? J’ai oublié les noms, l’écriture, mais ni les personnages ni leur histoire. En fait, le récit vit plus dans ma mémoire sur le plan de l’histoire personnelle que sur celui de la littérature, c’est-à-dire qu’il a pris place sur l’étagère mémorielle “biographies des amis et de la famille”, une petite place a-spectaculaire, difficilement analysable ou critiquable, car relevant de l’expérience personnelle et non d’une construction intellectuelle. C’est faux: Une si longue lettre est un roman, non un mémoire. Il a parfois été qualifié de semi-autobiographique (c’est un premier roman, après tout), mais “semi” est un terrain sur lequel mieux vaut ne pas trop se précipiter.
“Hier, tu as divorcé. Aujourd’hui, je suis veuve.”
Ces mots sont parmi les premiers de la lettre que Ramatoulaye (je viens de vérifier le nom) écrit à son amie de toujours, Aïssatou, pendant les quarante jours de réclusion que lui impose son veuvage. Ces mots disent tout le livre. Les coeurs brisés, mais aussi l’opposition qui apparaît immédiatement entre les deux amies, entre celle qui a choisi son destin même dans l’échec et celle qui l’a accepté. Nous apprendrons en effet assez vite que les époux des deux femmes les ont soumises à la même épreuve, celle de devoir accepter une seconde épouse, et que les amies ont pris des décisions opposées. Mariama Bâ, qui avait pour sa part divorcé, fait donc un choix éclairant de point de vue en choisissant de donner la parole à la femme qui est restée. Le propos n’est pas de prendre parti, mais de comprendre.
Cette volonté d’empathie va d’ailleurs plus loin — les jeunes filles qui sont entrées, par une violence plus ou moins pernicieuse, dans la vie des maris, sont en grande partie justifiées, comprises, “contextualisées” (Binetou, la seconde épouse du mari de Ramatoulaye, pourrait faire figure de chasseuse d’or tout à fait détestable si sa cruauté n’était expliquée : “victime, elle se voulait oppresseur”…). Il y a certes des figures féminines rien moins que positives (la mère de Binetou, la “belle-tante” haineuse d’Aïssatou) ; ce sont systématiquement des femmes plus âgées, présentées comme des instruments de la société traditionnelle.
Les hommes en revanche manquent terriblement de profondeur dans ce livre, pas tant je pense par échec de l’écriture que comme représentation d’une incommunication réelle. Lâches et fuyants, ils sont surtout totalement incompréhensibles. Pourquoi deviennent-ils l’obstacle principal à la société plus moderne et plus bienveillante à laquelle ils aspiraient pourtant, jeunes hommes ? Pour une femme docile, jolie, et ne ressemblant plus en rien à ce qu’ils adoraient à vingt ans ? Il y a là un mystère irréductible, car Bâ n’évoque pas de simples beaux-parleurs, mais bien des hommes qui ont sérieusement consacré des années de leur vie à un rêve qu’ils “cassent” ensuite pour une manifeste chimère qui ne leur apporte évidemment pas le bonheur.
Le livre a été dédié par Mariama Bâ “à toutes les femmes et aux hommes de bonne volonté“. Cela reflète parfaitement l’aspiration désabusée, le désir de croire encore en l’homme (sans majuscule), mais aussi la méfiance qui s’est installée, le besoin de qualifier : de quels hommes parlons-nous ? La tristesse, la déception dominent ; l’espoir a reflué de la vie de Ramatoulaye, même si elle veut encore se convaincre qu’il subsiste pour ses enfants, pour les générations à venir. Ses fils et ses filles semblent mieux armés, plus forts qu’elle ne l’était; l’amitié ne l’a pas trahie. La fin du livre est même ostensiblement positive, une décision d’aller de l’avant, de vivre à nouveau… Pourtant ce que j’en retiens c’est d’abord un profond sentiment de tristesse, les ”lacérations dans l’individu” évoquées, et une image (étrangère au livre) qui m’a accompagnée dans sa lecture, celle d’une Pénélope “inversée”, qui tenterait de tisser un ouvrage qui se déferrait sans fin. Bien sûr, la lettre écrite dans une période de deuil en a forcément une amertume circonstancielle que je ne voudrais pas généraliser. En fait peut-être le souffle d’espoir est-il cyniquement justement dans ce deuil : le vieux monde meurt, la société paternaliste meurt avec ses pères, et le deuil est possible. Alléluia?
Mon 26 Jul 2010
I may be daydreaming about a reasoned, thematic reading plan, but this summer so far has been the Summer of Random — be it reading or otherwise. From One Thousand and One Nights to The Turn of the Screw, from Matthew Lewis to Arthur C. Clarke, anything goes — which might well be the perfect mindset to read If on a winter’s night a traveler, Calvino’s mishmash-of-novels novel. The book is unified around the figure of a Reader who, after purchasing the latest Calvino and reading a few pages, realizes he has been sold a defective copy of the book. Due to a printing mistake, the book he has in hand (not a Calvino) stops at page 32. Our Reader returns to the bookstore for an exchange, unknowingly starting on a quest that will have him begin reading a great many books, without ever being able to go past the first chapter or so. If on a winter’s night then alternates chapters of the Reader’s own story and the literary fragments he reads on his journey. While each new novel contains signs of the previous stories (a name, an object, an image…), they are all ostensibly different, ranging geographically from Japan to the fictional Eastern European country of Cimmeria, thematically from thrillers to psychological fiction, and have been authored by at least three different writers (very likely more — and that’s without the fiction-writing machines and unfaithful translators which were also involved). As for the Reader’s story, while it is unified by the presence of the Reader and that of a few other protagonists, it also fluctuates between genres: love, detective, adventure, spy…
Calvino was a respected fiction critic in addition to being a writer, When he wrote If on a winter’s night, he was struggling with the edicts of the “new” French critics (Calvino had lived and worked in France for many years, and has shown a certain defiance with the more traditional literary forms; as for the Nouveau Roman, Tel Quel, structuralism and such, I will not expound here, though I certainly need to explain all of this to myself at some point. Not my favorite subject of all times, I’m afraid, sorry St Barthes et al.). If on a winter’s night is a very self-conscious attempt to talk about plot, a notion writers were supposed to leave behind as trivial and primitive (I caricature, bear with me…). This self-consciousness results in several mannerisms I found frankly annoying, for instance Calvino’s insistence on using the second-person point of view (which reminded me more of the choose-your-own-adventure books of my childhood than of Bright Lights Big City; in other words, it was as unsuccessful for me). This distance between reader and Reader might well have been intentional (even when we’re reading over the Reader’s shoulder, there are notes of his and the writer’s presence all over the text: “the page you’re reading should convey this violent contact“, for instance, or in what starts as the voice of a character in a story-within-the-story, “perhaps I am thinking this only now, or it is only you, Reader, who are thinking it“).
Despite these criticisms, the book remains a pleasure: no matter how tortured Calvino might have been about it, he still is a fantastic storyteller, and he cares deeply about writing. Delirious situations, slippery characterizations, even the occasional bout of stilted writing could not keep me from wanting to know what happens next. Moreover, the passion Calvino brings to his discussion about truth and illusion in art, his pleasure in playing hide-and-seek with readers — these are highly contagious. I reread The Baron in the Trees right after If on a winter’s night (admittedly a more childish book than I remembered, but still a fun read). While I found the same simple pleasure in it, it also made me realize how much more If on a winter’s night had to say, and to ask. Ludmilla*, the “Other Reader” in the book, says it when she explains that “authors are never incarnated in individuals of flesh and blood, they exist (…) only in published pages — the living and the dead both are there always ready to communicate (…) in the fickle, carefree relations one can have with incorporeal persons”. I don’t know that all my relations with authors are “fickle and carefree“, but to me, Calvino is at his best right there, in playfulness.
* on a completely unrelated note, I found that the most potentially interesting characters in both Calvino books were the female “leads”, who he perplexingly keeps at arms’ length and doesn’t develop.
Thu 24 Jun 2010
Antigone is one of these plays with which I feel I have a very intimate relationship, even though I never read the Sophocles’ version. My introduction to Antigone was made through Anouilh, back when I was a 15 year-old student in France. The class was taught by a young professor, whose name I can’t remember right now, but whose face has stayed with me — a very rare occurrence. Mademoiselle… Anyway. I fell in love with the play, fell in love very hard, and read so much Anouilh that year. There are to this day moments when my life goes Anouilh-colored. Being lost in a vast crowd, feeling tiny and defiant and free, is an Anouilh moment for me. I feel like he’s writing me. It’s a little scary and very wonderful, this sensation that being lost and drifting is exactly where I’m supposed to be, my rightful place in the world — at least for the time being.
It is not Antigone, though, who captured my imagination back then, but Ismene. It might have been because I ended up reading her lines so often in class that I identified with her, but I rather think that it was something more. When I started reading her, she allowed me to express a part of my identity that needed to be spoken. It felt vital, necessary and freeing simultaneously. All I know is that I remember these hours in the classroom like no others. Another girl was almost always Antigone. Perhaps she too found something then; it is quite remarkable that the teacher would have let the two of us take over the play the way we did. Then again, this woman was quite a remarkable teacher.
What distinguished Ismene from Antigone for me was not willingness to compromise with Créon (power, politics, you name it) but the understanding of small things. Flamboyance for Antigone, empathy for Ismene; the two opposed like I had never known they did, and that rang true. Antigone claims to love life more passionately than Ismene, and much as my love for the latter would have made me want to pretend her claim was contradicted by her acts, I believed her. However her passion blinds her to humble things, to contradictions; her passion makes it unacceptable for her to just.. float She has to act. She stands for something that can win or be defeated, which I felt made her more contingent.
As part of my “summer of reading things that have been sitting around for too long”, I started reading Antigone’s claim by Judith Butler. It is a series of lectures that were given to undergrads and grads, and are collected and published by Columbia University press. I will also be reading Sophocles’ Antigone, and probably re-read Anouilh’s after that. Right now however, I am struggling through Antigone’s claim, which is still way beyond my critical abilities, fishing for what I can take out of it. It is very fascinating and a good exercise in stretching out my intellectual muscles. Hopefully that will serve me next year — I just found out I have passed all my exams and am the happy recipient of a licence de lettres modernes, a BA. I am definitely registering for the master LGC (Master’s in General and Comparative Literature) — my plan is to get one year under my belt simultaneously to applying to grad programs in the US, and maybe in Europe as well.
Tue 30 Mar 2010
Posted by Charlotte under A Literary Education
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(French. English. I’ll just do anything I can moving forward.)
Première phrase: “Si on ne croit pas à la prédestination, alors, il faut admettre que les circonstances d’une rencontre, que par facilité nous attribuons au hasard, sont en fait le résultat d’une incalculable suite de décisions, prises à chaque carrefour dans notre vie, et qui nous ont secrètement orientés vers elle.”
Catherine Millet, faut-il le rappeler, à fait scandale (et succès d’édition) avec sa Vie sexuelle de Catherine M., paru en 2001. J’avais bien aimé ce livre, malgré l’effet refroidissant que produisait l’accumulation d’aventures sexuelles ; il me semblait qu’il y avait un sous-texte, une armature formelle que je ne m’étais pas donnée la peine d’identifier, mais qui donnait une certaine qualité esthétique à l’ensemble, comme une sorte de trompe-l’oeil, l’impression que sous l’amas des corps se dessinait une émotion mal racontée et que donc j’étais libre d’imaginer. La sensation de dissociation, de flottement qui se dégageait du texte n’était pas très gaie, mais elle était intéressante.
Cette impression, je l’ai retrouvée avec Jour de souffrance, mais pas intacte. Elle est raffiné dans la première partie, Résumé, qui commence par un si et poursuit sur de longues théories qui semblent intelligentes mais ne vous laissent que fumée dans les mains. Le temps y revient en arrière, s’emboîte, se corrige, de nouveaux motifs apparaissent, se précisent, se délitent. Ces va-et-vient sont passionnants, techniquement admirables, et leurs décalages constants me sont plus intelligibles après le travail réalisé cette année sur la conscience et les motifs du temps et de la mémoire. Cette partie est, à première lecture, à peine compréhensible ; elle produit cependant l’effet libérateur d’une série de questions, d’un amas de photos floues, et constituent la matière du récit.
La suite du roman, en revanche, m’a laissée plus indifférente. Catherine Millet y relate la découverte par son alter ego des aventures de son compagnon et la souffrance masochiste qui l’envahit alors, au mépris de tous ses choix intellectuels de femme libérée, puis le long parcours pour dominer tant que faire se peut cette douleur. La narration, plus classique, se distingue surtout par son écriture d’une précision “blanche” quasi-impitoyable. La tentative d’honnêteté totale est bien sûr vouée à l’échec, dissoute dans l’indicible et l’animal, et cela est accepté. Le regard, cependant, reste d’une dureté glaciale. De plus, récit d’une obsession, l’écriture garde ce caractère hermétique de l’obsession, la faculté d’exclure celui à qui on la raconte, la faculté de se passionner pour “une incalculable suite de” détails sans grand intérêt, l’incapacité de vivre quoi que ce soit qui ne soit lu en relation avec son obsession. Il est fort possible que cela soit voulu : le résultat en est la même lassitude que l’on ressent à écouter quelqu’un ressasser toujours les mêmes idées.
On le voit, il y a matière intellectuelle dans ce livre ; cependant, sans doute suis-je trop “accro” d’une lecture émotionnelle pour m’y trouver tout à fait à l’aise. Je retrouve bien là une de ces immaturités de lectrice qui me rendent le XIXe siècle littéraire tellement plus naturel que les expérimentations formelles plus récentes… Un lecteur plus “adulte” y trouverait probablement mieux son compte que moi sur le plan du plaisir de lecture ! J’ai en revanche tiré un profit tout à fait personnel de la lecture dans le cadre de mon programme d’étude de cette année : la tentative de reconstitution de mouvements psychologiques ancrés dans le corporel, la jalousie, le voyeurisme, le souvenir, le “feuilletage” de l’être, autant de thèmes très proustiens — et d’ailleurs référence explicite est faite à ce cher Marcel.
Il est donc assez amusant que ce qui m’ait le moins intéressée soit le blabla introspectif qui se glisse sournoisement dans le récit — on a tant reproché à Proust d’être psychologisant, et c’est tellement absent de son oeuvre… On voit bien ici pourquoi, car le personnage n’est jamais si distant que lorsqu’il est expliqué, nous privant de toute chance de le comprendre en nos propres termes…
Dernière phrase (dans le Temps, dans le temps !) : “De temps à autre, il m’arrive encore de déplier un papier que Jacques a laissé traîner, — par réflexe.”
Mon 22 Feb 2010
Chantal Robin doit être sorcière, c’est sans doute de rigueur pour être publiée chez Circé (Cahiers de recherche sur l’imaginaire) ; en tout cas, elle me séduit avec son petit ouvrage critique sur Le Temps retrouvé.
(yes, French. Lazy lazy lazy)
Je l’ai commandé sur la foi d’une citation dans un de ces petits livres scolaires (d’ailleurs bien fait et plein d’humour) qui vous règle en 27 pages le sort de La Recherche, sa genèse, ses personnages, son importance, son contenu et ses thèmes… Je ne me souviens plus s’il était dans la bibliographie “officielle” du cours, mais si c’est le cas, il devait être tout en bas de la liste, dans les “si vous n’avez rien de mieux à faire”…
Et je me régale. J’en ai lu une bonne moitié à date, qui à la fois illumine l’œuvre et y rajoute une profondeur supplémentaire en y retrouvant la part d’obscurité, la part de mystère que sans doute Proust veut cacher derrière son accumulation de détails et de sensations. C’est un peu paradoxal, sans doute, ce que j’écris là ; mais ce petit ouvrage, en pointant vers les grands cycles, les modèles mythiques et la part d’avenir que contient le Temps retrouvé me permet d’y retrouver une respiration qui me faisait défaut, une part de poésie que je n’ai (enfin) pas tant à comprendre qu’à ressentir.
La structure initiatique que souligne C. Robin est évidente, mais son éclairage symbolique (rôle des éléments fondamentaux tels que la terre, le feu et l’eau, renaissance, passage par les pays des limbes et du désespoir, parade funèbre comme prélude à la renaissance et à la révélation quasi-mystique) est d’une élégance rare. Elle montre que l’inversion folle, presque carnavalesque, des hiérarchies parisiennes à la fin de TR (“ce monde où toutes les valeurs se trouvent renversées“), relève de la dissolution générale des amarres de la réalité, qu’elle préfigure (comme les figures de la mer, de la lune et de la porte, symboles qu’elle relève tout particulièrement) l’épreuve initiatique du narrateur. J’ai pour ma part à cette lecture pensé aux Saturnales (les fêtes de fin d’années où les Romains relâchaient les tensions dans un pseudo-délire d’inversion sociale, fêtes qui seront assimilées à une naissance avec laquelle on nous enquiquine encore chaque année à la fin décembre), à la traversée de l’Achéron ou du fleuve du bout du monde de Gilgamesh ; j’ai pensé, aussi, à une autre évocation du pouvoir d’illusion et de mystère des éléments fluides, celle du critique G. Genette lorsqu’il parle (dans Figures 1) de “l’univers réversible” de l’époque baroque. Elle met ensuite en lumière le parallèle entre Charlus, le bien-né qui se comporte si mal, et Prométhée, en montrant l’association du premier au vol, au feu, à la “race maudite” (d’ailleurs la comparaison est explicitement faite par Proust lorsqu’il évoque Charlus enchainé à un lit). Charlus, nous dit-elle, “garde… le monde intérieur de l’esprit” ; c’est sans doute vrai, mais alors à la manière d’un devin fou, aveugle et délirant.
La descente dans le royaume des Enfers du narrateur est ensuite éclairée d’un relevé d’expressions morbides du “Bal de têtes” qui se produit à la matinée Guermantes, une scène où le narrateur retrouve, vieillis et décatis, la fantastique troupe au complet de La Recherche (classique), mais aussi de ce qui vient avant et qu’on doit au passage ajouté sur la guerre, passage que j’ai eu tant de mal à lire et que j’ai maintenant envie de relire. C. Robin cite à ce propos une phrase de Proust qui, en 1906, comparait ses projets de personnages à “ces ombres qui demandent dans l’Odyssée à Ulysse de leur faire boire un peu de sang pour les mener à la vie” : c’est la position-même où se trouve le narrateur à la fin de La Recherche…
Cette nature cyclique de l’univers proustien fait le sujet, sous le beau terme de constellations comme “[matérialisation] du temps”, de la deuxième partie de l’analyse, qui me plaît presque autant. Elle montre comment Proust brise l’image de la ligne temporelle ( “cette convention qui prétend réduire le temps à une histoire”) non seulement par la figure du cercle, mais encore en y apportant ces notions de mouvements, de densités et de correspondances qu’évoquent la lourde et poussiéreuse structure des amas d’étoiles dérivant dans l’infini où tout peut se croiser. Une originalité par rapport à beaucoup des lectures que j’ai faites jusqu’ici, et qui se concentrent presque toutes sur les rapports entre passé et présent, est que C. Robin insiste sur l’avenir, un avenir qui (en y réfléchissant) est en effet toujours présent dans le livre, que ce soit par le biais de rêves, d’aspirations, de menaces ou bien sous la forme visible des jeunes gens, qu’ils soient de la génération du narrateur, de celles qui le précèdent — Un amour de Swann porte tant de germes de la suite du roman — ou de celles qui le suivent, petits jeunes hommes séduisant Charlus ou fille de Gilberte pour laquelle on fait des projets douteux. “Les extases de mémoires engagent ainsi l’avenir tout entier” résume bien cette liaison faite entre passé et avenir par la solidité du présent et de l’immuable. La progression est aussi mise en avant par le système des “rimes intérieures” (l”expression est de J.Y. Tadié), qui en introduisant “quelque chose qui est à la fois pareil et autre que la rime précédente” (ici, c’est Proust qui parle) montre les évolutions de perspective ; à noter que souvent pour Proust la nouvelle rime s’ajoute à l’ancienne, mais ne la remplace pas.
La troisième partie aborde les “structures synthétiques” du roman, et j’ai hâte de la lire !
En résumé… Une courte lecture critique que je recommande à tous ceux qui ont du mal à apprécier Proust non pour sa complexité, mais pour une certaine impression de minutie qui se trouve pulvérisée ici.