Archive for June, 2010

Antigone is one of these plays with which I feel I have a very intimate relationship, even though I never read the Sophocles’ version. My introduction to Antigone was made through Anouilh, back when I was a 15 year-old student in France. The class was taught by a young professor, whose name I can’t remember right now, but whose face has stayed with me — a very rare occurrence. Mademoiselle… Anyway. I fell in love with the play, fell in love very hard, and read so much Anouilh that year. There are to this day moments when my life goes Anouilh-colored. Being lost in a vast crowd, feeling tiny and defiant and free, is an Anouilh moment for me. I feel like he’s writing me. It’s a little scary and very wonderful, this sensation that being lost and drifting is exactly where I’m supposed to be, my rightful place in the world — at least for the time being.

It is not Antigone, though, who captured my  imagination back then, but Ismene. It might have been because I ended up reading her lines so often in class that I identified with her, but I rather think that it was something more. When I started reading her, she allowed me to express a part of my identity that needed to be spoken. It felt vital, necessary and freeing simultaneously. All I know is that I remember these hours in the classroom like no others. Another girl was almost always Antigone. Perhaps she too found something then; it is quite remarkable that the teacher would have let the two of us take over the play the way we did. Then again, this woman was quite a remarkable teacher.

What distinguished Ismene from Antigone for me was not willingness to compromise with Créon (power, politics, you name it) but the understanding of small things. Flamboyance for Antigone, empathy for Ismene; the two opposed like I had never known they did, and that rang true.  Antigone claims to love life more passionately than Ismene, and much as my love for the latter would have made me want to pretend her claim was contradicted by her acts, I believed her. However her passion blinds her to humble things, to contradictions; her passion makes it unacceptable for her to just.. float She has to act. She stands for something that can win or be defeated, which I felt made her more contingent.

As part of my “summer of reading things that have been sitting around for too long”, I started reading Antigone’s claim by Judith Butler. It is a series of lectures that were given to undergrads and grads, and are collected and published by Columbia University press. I will also be reading Sophocles’ Antigone, and probably re-read Anouilh’s after that. Right now however, I am struggling through Antigone’s claim, which is still way beyond my critical abilities, fishing for what I can take out of it. It is very fascinating and a good exercise in stretching out my intellectual muscles. Hopefully that will serve me next year — I just found out I have passed all my exams and am the happy recipient of a licence de lettres modernes, a BA. I am definitely registering for the master LGC (Master’s in General and Comparative Literature) — my plan is to get one year under my belt simultaneously to applying to grad programs in the US, and maybe in Europe as well.

Ça y est. L’année scolaire est derrière nous, et il semble que tout se soit bien passé. Les notes qui sont arrivées jusqu’à moi — la plupart d’entre elles, grâce à la gentillesse d’une de mes condisciples parisienne — sont bonnes, excellentes même parfois. Bien sûr, écrire cette dernière phrase m’est un peu compliqué. Je me sens prétentieuse… mais fière, aussi. Et heureuse. Très impatiente d’attaquer l’an prochain.

Me voici donc de retour à Indianapolis, avec devant moi un peu plus de deux mois sans aucune obligation. Les cours que je donne ne reprennent qu’en septembre, comme ceux pour lesquels je vais m’inscrire. L’été se gonfle comme une voile vide, et je ne sais encore qu’en faire. Quelques vagues projets de cuisine, cerises au brandy et sauce piment au gingembre, et c’est tout. Je tâtonne à la recherche d’un sujet de mémoire pour l’an prochain, errant dans mon éternelle envie d’inconnu. Je voudrais qu’un sujet sur lequel je ne connais rien me tombe du ciel, mais je ne crois pas que cela soit raisonnable, ni faisable. Il me semble que l’on attend de moi un sujet et sa justification.

Du coup je me fixe sur des idées flottantes, des envies de hasard. L’une d’elles tenait à ce livre paisible de Danny Laferrière, et à L’Empire des signes, de Barthes. Ça s’appellerait Le Japon imaginaire. Ce serait sans aucun doute un choix stupide pour quelqu’un qui voudrait, à long terme, travailler au moins en partie sur le domaine littéraire anglophone. C’est séduisant, pourtant, non ?

J’ai donc relu Je suis un écrivain japonais, cherchant un prétexte à l’étudier. La séduction de ce livre tient pour moi à ce que je ne le comprends pas bien. Certes, il y a une histoire, celle d’un écrivain qui vend à son éditeur un titre (“je suis un écrivain japonais”), titre génial en ce qu’il stimule l’imagination d’une multitude de personnages aussi loin de l’auteur que peuvent l’être des lecteurs d’un romancier. Le Japon tout entier s’emballe, discute, conteste ou adopte un livre encore incertain, et en ce sens le titre génère mille récits… Même s’il n’est pas certain qu’il parvienne à susciter le livre promis. Nous suivons le narrateur dans sa tentative de mettre au jour son roman, nous voyons son histoire émerger des profondeurs, affleurer à la surface, puis sombrer à nouveau. Ce pourrait être l’histoire d’une grappe de jeunes femmes autour d’une chanteuse nommée Midori (un prénom pour moi lié pieds et poings à Norwegian Wood de Murakami, mais passons). Ce pourrait être l’histoire d’un écrivain haïtien de Montréal parti sur les traces émotionnelles du poète japonais Bashô. Ce pourrait, bien sûr, être une histoire d’identité et du besoin d’échapper aux étiquettes — aux titres — dont l’esprit humain est friand, ou ce pourrait être une méditation sur les parts respectives de l’imagination et de l’écriture (au sens technique, productif, du terme) dans le rôle du conteur moderne. Ce pourrait bien être autre chose.

La texture du livre a la légèreté du fantasme et la lucidité hermétique de l’image, ce qui évoque mon Japon imaginaire à moi bien mieux que les quelques signes nippons qui flottent à travers le récit. L’ensemble donne une impression de flou et de froideur que je trouve apaisante, mais qui visiblement a perturbé certains lecteurs (je n’ai pas gardé les liens, mais j’ai fait un petit tour de critique avant de rédiger cette note). On ne sait toujours si le livre est une collection mal finie, un collage délibéré, un abandon lié au je-m’en-foutisme ou à une intimité confiante. Je penche pour un peu de tout ça, tout simplement parce qu’il m’est plus facile d’imaginer que Laferrière fonctionne comme moi que différemment, qu’il écrit avec son inconscient autant qu’avec son intelligence, plutôt que de penser que je me suis fait abuser par une supercherie totale ou que quelqu’un soit capable de simuler entièrement un tel naturel.

Bien sûr, c’est ma propre paresse qui se reflète dans cette supposition.