Archive for February, 2010

Chantal Robin doit être sorcière, c’est sans doute de rigueur pour être publiée chez Circé (Cahiers de recherche sur l’imaginaire) ; en tout cas, elle me séduit avec son petit ouvrage critique sur Le Temps retrouvé.

(yes, French.  Lazy lazy lazy)

Je l’ai commandé sur la foi d’une citation dans un de ces petits livres scolaires (d’ailleurs bien fait et plein d’humour) qui vous règle en 27 pages le sort de La Recherche, sa genèse, ses personnages, son importance, son contenu et ses thèmes… Je ne me souviens plus s’il était dans la bibliographie “officielle” du cours, mais si c’est le cas, il devait être tout en bas de la liste, dans les “si vous n’avez rien de mieux à faire”…

Et je me régale. J’en ai lu une bonne moitié à date, qui à la fois illumine l’œuvre et y rajoute une profondeur supplémentaire en y retrouvant la part d’obscurité, la part de mystère que sans doute Proust veut cacher derrière son accumulation de détails et de sensations. C’est un peu paradoxal, sans doute, ce que j’écris là ; mais ce petit ouvrage, en pointant vers les grands cycles, les modèles mythiques et la part d’avenir que contient le Temps retrouvé me permet d’y retrouver une respiration qui me faisait défaut, une part de poésie que je n’ai (enfin) pas tant à comprendre qu’à ressentir.

La structure initiatique que souligne C. Robin est évidente, mais son éclairage symbolique (rôle des éléments fondamentaux tels que la terre, le feu et l’eau, renaissance, passage par les pays des limbes et du désespoir,  parade funèbre comme prélude à la renaissance et à la révélation quasi-mystique) est d’une élégance rare. Elle montre que l’inversion folle, presque carnavalesque, des hiérarchies parisiennes à la fin de TR (“ce monde où toutes les valeurs se trouvent renversées“), relève de la dissolution générale des amarres de la réalité, qu’elle préfigure (comme les figures de la mer, de la lune et de la porte, symboles qu’elle relève tout particulièrement) l’épreuve initiatique du narrateur. J’ai pour ma part à cette lecture pensé aux Saturnales (les fêtes de fin d’années où les Romains relâchaient les tensions dans un pseudo-délire d’inversion sociale, fêtes qui seront assimilées à une naissance avec laquelle on nous enquiquine encore chaque année à la fin décembre), à la traversée de l’Achéron ou du fleuve du bout du monde de Gilgamesh ; j’ai pensé, aussi, à une autre évocation du pouvoir d’illusion et de mystère des éléments fluides, celle du critique G. Genette lorsqu’il parle (dans Figures 1) de “l’univers réversible” de l’époque baroque. Elle met ensuite en lumière le parallèle entre Charlus, le bien-né qui se comporte si mal, et Prométhée, en montrant l’association du premier au vol, au feu, à la “race maudite” (d’ailleurs la comparaison est explicitement faite par Proust lorsqu’il évoque Charlus enchainé à un lit). Charlus, nous dit-elle, “garde… le monde intérieur de l’esprit” ; c’est sans doute vrai, mais alors à la manière d’un devin fou, aveugle et délirant.

La descente dans le royaume des Enfers du narrateur est ensuite éclairée d’un relevé d’expressions morbides du “Bal de têtes” qui se produit à la matinée Guermantes, une scène où le narrateur retrouve, vieillis et décatis, la fantastique troupe au complet de La Recherche (classique), mais aussi de ce qui vient avant et qu’on doit au passage ajouté sur la guerre, passage que j’ai eu tant de mal à lire et que j’ai maintenant envie de relire. C. Robin cite à ce propos une phrase de Proust qui, en 1906, comparait ses projets de personnages à “ces ombres qui demandent dans l’Odyssée à Ulysse de leur faire boire un peu de sang pour les mener à la vie” : c’est la position-même où se trouve le narrateur à la fin de La Recherche

Cette nature cyclique de l’univers proustien fait le sujet, sous le beau terme de constellations comme “[matérialisation] du temps”, de la deuxième partie de l’analyse, qui me plaît presque autant. Elle montre comment Proust brise l’image de la ligne temporelle ( “cette convention qui prétend réduire le temps à une histoire”) non seulement par la figure du cercle, mais encore en y apportant ces notions de mouvements, de densités et de correspondances qu’évoquent la lourde et poussiéreuse structure des amas d’étoiles dérivant dans l’infini où tout peut se croiser. Une originalité par rapport à beaucoup des lectures que j’ai faites jusqu’ici, et qui se concentrent presque toutes sur les rapports entre passé et présent, est que C. Robin insiste sur l’avenir, un avenir qui (en y réfléchissant) est en effet toujours présent dans le livre, que ce soit par le biais de rêves, d’aspirations, de menaces ou bien sous la forme visible des jeunes gens, qu’ils soient de la génération du narrateur, de celles qui le précèdent — Un amour de Swann porte tant de germes de la suite du roman — ou de celles qui le suivent, petits jeunes hommes séduisant Charlus ou fille de Gilberte pour laquelle on fait des projets douteux. “Les extases de mémoires engagent ainsi l’avenir tout entier” résume bien cette liaison faite entre passé et avenir par la solidité du présent et de l’immuable. La progression est aussi mise en avant par le système des “rimes intérieures” (l”expression est de J.Y. Tadié), qui en introduisant “quelque chose qui est à la fois pareil et autre que la rime précédente” (ici, c’est Proust qui parle) montre les évolutions de perspective ; à noter que souvent pour Proust la nouvelle rime s’ajoute à l’ancienne, mais ne la remplace pas.

La troisième partie aborde les “structures synthétiques” du roman, et j’ai hâte de la lire !

En résumé… Une courte lecture critique que je recommande à tous ceux qui ont du mal à apprécier Proust non pour sa complexité, mais pour une certaine impression de minutie qui se trouve pulvérisée ici.

Will this first Midwest winter EVER end?
For the record — read Le Joueur (Dosto) this week. Liked it a lot (though slightly uncomfortable experience). Also, Robe de Marié, a thriller which left me totally uninterested in its many incoherences. And… that’s all I care to say about it.
I WILL try and write a Dosto post soon, though!

Simon, like Proust, is often seen as a difficult writer. His sentences are complex, run-on accumulations of words and tenses, modulated by numerous markers of subjectivity – like, as if, I think, I’d say, perhaps, etc. It’s a sentence that works hard to rid itself of conventional patterns of speech, or more accurately, of usual patterns of writing; things are presented in their immediacy, grammar is simplified, accumulation, association and digression abound.

This attempt at a more instinctive manner of communication is, of course, hard to read. We are used to texts being neatly put together, to rational explanation, to synthesis following analysis (or vice-versa, depending on culture). Used to, in short, a modicum of linearity. It is a well known human prejudice that we over-explain, draw conclusions where there is nothing but correlations, and guess correlations at the drop of a hat. Hence astrology, reading in entrails and people thinking they can predict the stock market based on some Fibonacci, pi or moon cycle-based formula.

But I digress.

Simon has a somewhat paradoxical project with La Route des Flandres (itself only a part of a biographical-related series of books). On the one hand, he is recreating a past experience (the trauma of World War II) in a more manageable form; on the other, he is trying to preserve the immediacy of it. To do this, he presents memories not in chronological order, but by way of associations. Here I must make a few side notes:

  1. Cheating #1: Simon mentioned around that time the idea that memories present themselves to use not chronologically, but depending on their importance. That would imply sometimes, it seems to me, that you would jump from one thing to another without so much as the tenuous help of objective association. The sheer force of the affect should be justification enough. Simon never does that, though – there’s always some element linking one memory to the next. That’s a very Proustian way to go about things – a clump of related things, a huge nodes of sensations emerging in an otherwise pretty disjointed perception. Simon does indeed admire Proust and refer to him quite a bit.
  2. Cheating #2: the book was in fact carefully reconstructed after a period of unstructured writing: Simon wrote a number of fragments which he then color-coded depending on the characters present in each. He organized the fragments to alternate colors – and that’s how the book was born.

This brings to mind the way I will write a dissertation given a limited amount of time: desperately scramble any idea that comes to mind on a piece of paper, then isolate a few themes, color code all rudimentary ideas, and shove them in each theme. Of course I’m doing the opposite of Simon (trying to bring together similar colors instead of trying to weave them through the course of the text); I’m amused to think that my draft paper might look more like his end product that my final dissertation.

Anyway – cheating or not, what Simon does is in fact remarkably successful. There’s a sort of indulgence, a sort of hypnosis that wants to lull you while you read the book, but every time you try to stop and think – the strands of meaning come undone, and you’re left feeling uncertain of where you are, what happened, and what Big Lessons you should take away. That last sentence would certainly make Simon very happy, but of course I’ll have to struggle with this in the context of academic learning. My plan of attack therefore is to start by focusing on the obsessions, the recurring motives of the book: horses, the mud, sexual desire, friends, suicide, etc. These are not really themes, more ornaments (at least at this stage, and in my mind), but we’ll see where they’ll take me.